La séparation, le deuil, le changement
Ce qui reste d'un grand amour....
« Une gratitude infinie »
« Que reste-t-il de mon amour ? A cette question, la déchirure fulgurante m’aveugle : il est mort et je vis. Il est mort. Et moi, vivante, je continue d’aimer le compagnon de toute ma vie alors même qu’il a quitté cette vie.
Etonnant sentiment d’absurdité.
Non moins fulgurante, mais éclairante, cette évidence : ce qui reste, c’est
notre amour qui, à tout jamais, demeure en moi. J’en suis la gardienne,
debout, au seuil entre vie et mort. Il est mort. Il est mort et je continue de l’aimer. Une certitude s’est fait jour, s’est enracinée. A jamais nous sommes séparés. Mais pour toujours ce que nous avons vécu vit en moi.
Je pourrais dire, d’autres pourront dire : reste ce que nous avons construit ensemble. Mais hormis les amitiés, tout me semble balayé par l’ouragan.
A la lumière de mon grand dénuement, j’apprends l’amour qui se cultive sans la nourriture d’une réponse visible. S’éveille alors en moi une gratitude infinie.
Que reste-t-il de notre amour ? L’amour lui-même et la gratitude, comme
une eau vive. L’envie de dire merci. Et puis, il me reste, étrangement, ces pages écrites au cours des jours, des semaines qui ont suivi sa mort.
Des pages pour dire ma détresse, ma douleur. Ces pages relues
dans une traversée difficile me sont apparues comme un chant d’amour.
J’ai retrouvé une lumière. J’ai été apaisée. J’ai pensé qu’elles pourraient rejoindre d’autres esseulés. Elles sont devenues un livre. Un livre pour d’autres que je ne connais pas. Pour peut-être leur permettre de tracer aussi leur chemin, de trouver ou retrouver leurs mots à eux. Pour que,
au désert de la mort, une source puisse trouver naissance. »
Nicole Fabre: Il est mort celui que j’aime (L’Esprit du temps, 2007).