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Histoires de famille, histoires de vie, projets intéressants

L'histoire touchante de Michel Levi - Leleu ! VEUX TU M’ APPRENDRE A REVER, PAPA lire ici

L'article "Soixante ans de douleur dans une valise: article paru dans 'le Monde' " lire ici

Michel Levi-Leleu

A Pierre Lévi, mon Papa, déporté et mort à Auschwitz, et à sa valise
A Maman qui m’a trempé dès mon plus jeune âge dans une joie de vivre inextinguible,
A Etienne, ce grand frère, plongé trop tôt dans le monde des grands
A Mamie qui a tenté de m’inculquer sa rigueur morale, succès peu assuré
A Colibri, chère maîtresse de mon jeune âge,
A tout cet amour reçu et donné,





VEUX TU M’ APPRENDRE A REVER, PAPA




17 juillet 2005

Papa !

J’ai fait comme si tu ne me manquais pas ; mais si j’ai beaucoup souffert de ton absence, je sais bien que tu ne le voulais pas, ça a été ton destin ; j’ai encore plein de chagrin immense ; j’ai fait plein de choses sans le savoir pour que tu sois fier de moi,… mais mon cœur était fermé à la profondeur de l’amour, c’était trop douloureux ; je ne sais pas ce que je vais faire de ces découvertes, il va me falloir du temps peut-être… ?
J’ai envie que tu me regardes d’où tu es avec compréhension, avec compassion, avec tendresse, avec amour, et que tu me donnes cette liberté si chère ; moi je te regarde avec tendresse, avec compassion, avec fierté, je te laisse vivre ce que tu veux, où que tu sois, mais j’ai besoin de sentir ton amour bienveillant.
Tu es présent partout dans la vie, dans les arbres protecteurs, dans le chant de cet oiseau, dans le vent qui agite les pins et que j’aime tant, dans ce bouquet de thym que j’ai replanté,…et moi aussi un jour je vais partir.

Ton fils number two Michel



14 août 1934

 Pour mon fils quand il aura vingt ans, son Papa


Tu es né, mon petit Etienne (c’est le fils number one), chez tes parents, 22 rue d’Artois, à Paris à 4 heure et demie du matin le vendredi 10 août 1934, en présence de ta grand-mère Louise, de ton Papa, du Docteur Marcel Parienté, et de la garde Madame Motard.

Tu trouveras peut être amusant plus tard de lire ces quelques notes et de savoir quels étaient les soucis et les préoccupations de tes parents au moment ou tu venais au monde : une crise économique sévit depuis 4 ans, conséquence de la guerre de 1914. Les pays élevant des barrières douanières, se sont repliés sur eux-mêmes ; les monnaies se sont effondrées.

En Allemagne Hitler succède à Hindenburg, mort il y a quinze jours ; l’Italie plis sous Mussolini ; les Etats-Unis d’Amérique se lancent dans des expériences sociales et économiques inconnues à ce jour. L’Argentine, non c’est le Brésil, jette son café à la mer ; l’Autriche vient de voir assassiné son chancelier Dolfus, en France les partis se querellent, les finances publiques sont en désordre.

Tu es né avec des cheveux noirs, un teint mât, ressemblant plus à ton Papa qu’à ta Maman ; tu pesais sept livres.

Comme tous les juifs ta famille est originaire de l’est ; l’un de tes ancêtres paternels, Jacob Meyer, rabbin du Bas-Rhin mort en 1830, a été le premier juif décoré de la légion d’honneur ; tu comptes d’autres rabbins parmi tes ancêtres paternels : Zadoc Kahn, grand rabbin de France, mort en 1905, Israél Lévi, qui a béni le mariage de tes parents ; tes grands oncles Léopold Lévi et Lazare Lévi avaient acquis une certaine célébrité, l’un par ses travaux médicaux, l’autre dans l’industrie. Du coté maternel, Louis, dit Henri Bernheim s’était illustré au cours de la guerre de 1914 aux cotés d’Albert 1er ; il est mort Lieutenant Général et la Belgique lui a fait des funérailles nationales ; ton arrière grand père naturel Georges Bernheim avait obtenu le premier prix de flûte au conservatoire de Bruxelles…. »


  Aujourd’hui

Waouh ! Quel programme ! Avec tout cela planant au dessus de toi Etienne cela n’a pas du être facile, sans compter la suite … moi je suis arrivé plus discrètement un 21 septembre 1938.


7 septembre 1938

 Journées d’inquiétudes ; au congrès de Nuremberg on attend le discours d’Hitler ; les frontières allemandes regorgent d’hommes et de matériel ; quelques réservistes chez nous on été rappelés ; les négociations relatives aux allemands des sudètes sont des plus tendues.

8 septembre 1938

« Etienne viens faire bouillir de l’eau à la cuisine » et humblement et timidement «  je sais pas faire la cuisine »
Plus tard Etienne n’a jamais dépassé l’œuf sur le plat dans ses talents culinaires,…


21 septembre 1938

7 heure moins le quart, on sonne à la porte : le cafetier notre voisin «  c’est un garçon, tout va bien »  je me hâte de prendre le train ; Etienne à qui je demande s’il faut aussi donner des baisers au petit frère me répond : « pourquoi, il ne sait pas ce que c’est des baisers ; » je trouve Paulette toute souriante et à peine l’air fatiguée ; Michel est né à 5 heure et quart du matin, il pèse 3 kilos 9, quelques cheveux noirs, un nez assez large, une bouche comme celle d’Etienne ; sage il dort dans son berceau ; par moments on entend de petits cris ; 21 septembre est un mercredi.


24 septembre 1938

Paulette tient toute heureuse Michel dans ses bras qui la tête goulûment ; en sortant j’apprends la mobilisation partielle ; que s’est –il passé entre Hitler et Chamberlain. Nous l’ignorons encore.




28 septembre 1938

Dans la même journée nous apprenons qu’à 14 heures l’Allemagne décrètera la mobilisation générale, puis cette nouvelle est démentie ; l’angoisse pèse sur tous ; de nombreux amis sont déjà mobilisés. Tout à coup à cinq heures on apprend que Mussolini, Hitler, Chamberlain, Daladier se rencontrent demain à Munich. L’espoir renaît.


30 septembre 1938

Circoncision de Michel à 5 heures ( quelle précision, mais c’est vrai, je l’atteste…) ; quelques instants auparavant j’avais vu du bureau rue La Fayette, la foule reconnaissante acclamer Daladier rentré de Munich ; la paix est assurée ( et bien Papa comme beaucoup on voit ce que l’on a envie de voir !!)


11 novembre 1938

Les juifs en Allemagne sont l’objet des plus sauvages traitements : chassés de chez eux, emprisonnés, dépouillés de leurs biens, minés matériellement, moralement, physiquement. Il y a quelques mois Mussolini a pris en Italie des mesures antisémites, mais moins cruelles. Dans la nuit du 10 au 11 novembre, tous les magasins juifs ont été pillés, leurs maisons dévalisées, les synagogues brûlées, en Allemagne.

15 mars 1939

Sous de futiles prétextes Hitler achève de démembrer la Tchéco-slovaquie ; l’armée allemande a pénétré dans Prague ; la Tchéco-slovaquie disparaît de la carte ; en trois jours tout est consommé.

L’inquiétude est grande aujourd’hui, comme en septembre dernier ; où s’arrêteront les allemands ?


16 août 1939

Je rentre de vacances de Saint-Briac où nous avons passé des vacances charmantes et dont les enfants ont bien profité ; Partis avec leur grand-mère et les bonnes le 30 juin, nous allions les rejoindre le 13 juillet et dès notre arrivée nous sommes heureux, Paulette et moi, de les voir déjà tout bronzés du soleil ; Michel qui ne pouvait pas encore se redresser dans son berceau, reste maintenant assis, et quand je partirai ses progrès seront encore plus grands ; pendant ce temps Etienne grandit ; on tire un bateau dans l’eau, on lance un cerf volant, un bâton devient un fusil, la table un autocar, l’imagination trotte ; un matin il demande « veux tu m’apprendre à rêver ? » Etienne et Michel ont ensemble des conversations, et aux hi hi de l’un répondent les hi hi de l’autre ….


3 septembre 1939

La guerre ! La Pologne est envahie par les allemands, La France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne. »

Avignon vu d’aujourd’hui

Nous sommes partis pour Avignon en 1941, zone encore libre à l’époque ; nous habitions, quelle ironie, sur une place qui est devenue place de Jérusalem !! Près de la synagogue, et pourtant personne ne pratiquait dans la famille,… Papa avait trouvé un emploi d’ouvrier agricole, plutôt assez fictif, dans une propriété appartenant à la famille Alphandéry à Montfavet ; il y allait en vélo je crois ; son frère Julien, son cadet d’un an, habitait avec sa famille en face à Villeneuve les Avignon, et allait aussi en vélo jusque chez les Alphandéry,… je me souviens que j’habitais à l’époque dans la chambre de mes parents, au pied du lit,… une photo de moi dans une propriété d’ami me montre joufflu et rieur, assis sur la rampe en pierre d’un escalier, près d’une jarre, … dans l’autocar qui nous y avait emmené, je courrais dans le couloir en disant « j’ai trois ans, j’ai trois ans », pas peu fier,…à quel moment Papa et Maman décidèrent de se réfugier en Savoie, pourquoi Papa ne s’est pas joint à nous totalement, autant de questions que je ne sais pas à qui poser,…


Aujourd’hui


En Savoie, je me souviens d’une petite route à la montagne, où nous marchions, j’avais entre quatre et cinq ans, Maman me tenait par une main, Papa par l’autre, j’essayais d’être en contact avec eux deux ; ils étaient graves et je sentais quelque chose d’important ; des sapins bordaient cette route un peu en contrebas, on devait être tout à proximité du sommet d’une colline, marchant sur le macadam, des odeurs aussi d’herbe fraîche, la douceur de la lumière d’une fin d’après midi  ; « maintenant si on te demande ton nom tu diras Michel Leleu, c’est ton nouveau nom »  j’acquiesçais bien sûr en sentant confusément qu’il fallait se cacher, c’était pour cela que Papa n’était pas souvent avec nous ; nous logions dans une sorte de caravane posée sur une petite placette d’un hameau, en bordure de la route qui joint le Grand Bornand à Saint Jean de Sixt ; un soir Mamie, qui était avec nous, me dit en voyant passer des camions remplis de militaires, ce sont des italiens qui vont chercher les maquisards dans la montagne ; une telle fureur dans sa voix contre les italiens, que j’ai tout de suite su de quel côté être.

Il y a pas très longtemps je me suis laissé entraîner, à corps et cœur consentants, à tenter un peu de ski et raquettes au Grand Bornand ; raquettes aux pieds ou à la main, je dois convenir que ce n’est plus mon truc,…en plus vous m’emmenez dans un endroit ou il fait en général beau, et dès mon arrivée pluie et neige s’accumulent… du chalet prêté par des amis , on voyait ce que je crois avoir été cette placette où nous vivions ! J’aime ces retours sur des lieux du passé, ils sont à la fois pour moi permanence et chemin parcouru.

J’ai aussi dans mon portefeuille maintenant en permanence, retrouvée dans de vieux dossiers, la fausse carte d’identité de Maman, délivrée par la Préfecture de Haute Savoie «  Préfecture de Haute Savoie

La mention Etat français, manuscrite à l’encre noire est barrée
Annecy, 9avril 1943
Signé : P.P.Leleu « 
Sur la photo, Maman apparaît comme sur les photos des studios Harcourt, le haut du corps tourné vers la gauche, la tête vers la droite, les cheveux courts, un doux sourire sur les lèvres,..
Au dos, dans la case changement de domicile «  29 octobre 1943, le tampon de la mairie de Chéniers, Creuse. «  

Mais je vais un peu vite,…

Sans date mais après avril 43
Journal de Papa repris par Maman


« Mon cher Pierre a été arrêté le lundi 19 avril 43 à la gare d’Avignon, (le même jour que le début du soulèvement du ghetto de Varsovie) il venait nous retrouver en Savoie ; mon bonheur s’est arrêté cet horrible jour.

Quelle valise avait Papa dans sa main lors de cette arrestation, je ne le sais, mais elle va réapparaître dans d’étranges circonstances,…

Pierre fut transféré à Drancy, puis dans un camp agricole à Orgeval ; je pouvais lui écrire et le ravitailler et nous avions tous deux, l’immense espoir de voir bientôt finir l’horrible cauchemar. Pierre était admirable de courage et ne s’inquiétait que de mon sort et de celui des chers enfants.

Maman désemparée était venue me retrouver à Saint Jean de Sixt ; le logis avignonnais avait été pillé et mis sous scellés ; mon père était caché chez nos amis Toupenay à Hyères (occupation italienne).

Les allemands promettent des permissions invitent femmes et enfants à se joindre à leurs maris,….autour de nous des arrestations sans cesse, et l’on vit angoissés et traqués ; après avoir vainement essayé des appuis important pour garder Pierre en France ; des mois passent avec un peu d’espoir, et brutalement ce mot griffonné au crayon, l’affreux départ vers un camp en Pologne.

Départ précipité sous l’état civil Leleu vers la Creuse ; village de six maisons j’ai enfin trouvé un abri dans une ferme auprès de braves paysans ; Etienne fait tous les jours, matin et soir, 4 kilomètres à pied pour aller à Chéniers à l’école.

Vie simple et saine ; chaque soir l’appel de Londres nous donne de l’espoir ; par n’importe quelle nuit je vais écouter, dans une ferme assez éloignée, la T.S.F, seul lien avec le monde. «  



Pour aller à Chéniers Etienne quittait le hameau où nous habitions, Champeaux Haut, puis descendait jusqu’au lit de la Creuse, qu’il traversait à gué, puis remontait sur Chéniers ; parfois, je me souviens, accompagné d’un paysan qui me paraissait immense, toujours un gourdin dans la main pour les serpents, j’allais attendre Etienne sous un chêne, à la remontée du lit de la rivière, je voyais alors apparaître Etienne tout joyeux, lui aussi un bâton à la main pour s’aider dans la marche abrupte de ce petit sentier ; ce chêne est resté enraciné en moi : il n’y a pas très longtemps au cours d’une promenade dans la forêt jouxtant Garches et Vaucresson je me suis senti attiré par un chêne magnifique , je m’en approche, mes pas ralentissent, une grande sérénité m’envahit, associée à une confiance immense en la vie, à un grand sentiment de protection ; je comprends qu’on puisse rendre la justice sous un chêne, et surtout y accepter les sentences prononcées.

Quand il n’y avait pas école, nous jouions près de la rivière, en se méfiant des vipères d’eau l’été ; c’était aussi l’endroit de la lessive parfois, et le linge séchait sur les rochers ; je me souviens aussi du boulanger qui passait une fois la semaine, et j’avais droit à une grande tranche de ce pain tout frais, sur laquelle Mamie étalait une couche de crème fraîche, et je me revois, élevant la tartine, pour lécher par en dessous la crème qui passait à travers les trous de la mie,…j’ai encore ce goût de levain et le pain que je préfère aujourd’hui est celui qui a cette légère acidité d’antan ; non je ne dirai pas où,…le pâté de pomme de terre était préparé une fois par semaine et amené à cuire chez des voisins de Champeaux Bas, qui avaient un four ; ce plat paysan remonta à Paris dans nos recettes, nos cœurs, nos estomacs, et je l’ai transmis à mes filles, qui le transmettront j’en suis sur à leurs enfants,… il y a aussi des recettes perdues et je m’en veux : comme il n’y avait pas de tradition fromagère dans ce coin de Creuse, mais du lait toutefois, Maman et Mamie faisait un plat qui avait le goût de fromage et que l’on appelait du « sans fromage »,…le livre de cuisine que Mamie m’a légué ne mentionne pas cette invention,… ; en été la batteuse passait de ferme en ferme et c’était l’occasion d’une grande fête conviviale et solidaire, Maman préparait des pâtes fraîches, plusieurs kilos, qui séchaient la veille sur des cordes à linge, et j’avais le droit de monter sur la batteuse pour actionner le sifflet à vapeur appelant les travailleurs pour le déjeuner ; j’avais un peu peur de ne pas faire siffler assez fort.

Je suis retourné à Champeaux Haut il y a une dizaine d’année, carte Michelin en mains, il m’a semblé reconnaître une maison, je sonne, une dame d’un certain âge m’ouvre ; j’explique ma petite histoire, et elle s’écrie en ouvrant tous grands ses bras : «  Michou « ; c’était Marcelle, elle avait 17 ans à l’époque, m’a demandé des nouvelles de Paulette, Louise, Tiennot,… m’a fait visiter la ferme, la cour, je lui dis «  il n’y avait pas un saule là près du puits ? » « Oui, mais on a du le couper quand on a acheté le tracteur, pour pouvoir le rentrer dans la grange,.. » presque rien n‘avait changé, et Marcelle était passé de jeune fille de Champeaux Haut à Grand-mère de Champeaux Haut, sans s’éloigner de sa grange,…je suis ensuite passé à Chéniers, mais là je n’ai rien reconnu, c’était moins mon univers.


Retour sur le journal de Maman

« Il semble que chaque jour qui passe me rapproche de la libération et enfin du retour de mon cher Pierre !

Julien (le frère de Papa) a été arrêté à la frontière espagnole en tentant de rejoindre le général De Gaulle à Londres ; pauvre chère Mémé ; quelle vieillesse pour une mère, ses deux chers enfants déportés !

Enfin le débarquement ! Dès que possible je reviens à Paris.

Que de deuils, de ruines dans cette pauvre France !

Toutes les familles sont démembrées ; Paris est si triste ; je me sens affreusement seule et ne peux me réadapter ; je fus si heureuse, comme ces jours de bonheur sont lointains ! Des amis, ma tante nous recueillent rue de l’Amiral Courbet.

Je multiplie les démarches et enquêtes toujours ce silence horrible et chaque jour apporte des détails sur la vie des camps qui semblent cauchemardeux infernaux et hélas seront véridiques..

Si même Pierre rentre très diminué, très malade je suis sur de pouvoir lui rendre le désir de revivre ; je le soignerai avec tout mon cœur, toute mon âme…

Hélas, j’interroge les prisonniers les déportés qui reviennent … rien aucune nouvelle ; je veux espérer contre tout

Ma chère belle mère s’éteint morte de chagrin le 1 janvier 1945 ; très tristement nous venons habiter rue Desbordes Valmore, numéro 25. Hiver rude ; Maman encore très souffrante ; Etienne va au Lycée Janson, entre en 7ème ; Michel ira à l’Ecole nouvelle de Sèvres où il parait tellement plus heureux qu’au lycée ; Michel passe quelques mois à Vouvray chez mon amie Yvette.

Aujourd’hui

Je me souviens de Vouvray ; j’allais à l’Ecole, une cour sur la rue, des hautes grilles, j’étais le « parigot, tête de veau », parfois le « parisien, tête de chien », je me souviens du visage d’Yvette, douce et aimante ; quand on perdait une dent, il fallait la mettre sous l’oreiller, et la petite souris pendant la nuit, prenait la dent et mettait un sou ; le dimanche on montait à l’église, après s’être fait propre, tous les soirs, avant le coucher, on faisait sa prière, j’apprenais tout cela avec étonnement et plutôt content d’apprendre.
Parfois le grand père Gasse, viticulteur de son état, sortait une magnifique voiture noire, et l’on pouvait monter dedans, en étant attentif aux marchepieds, qui la bordaient de part et d’autre ; là c’était la grande frime dans le village, la vengeance du « parigot. »
Maman est resté fidèle à son amitié avec Yvette, et notre table parisienne est restée elle fidèle de nombreuses années au Vouvray Gasse, dont j’ai encore le goût dans la bouche quand je le veux.

Ma deuxième fille Claire, maintenant mariée et mère d’un adorable bambin, Samuel, a ses beaux-parents qui habitent une merveilleuse maison troglodyte à quelques kilomètres de Vouvray, et j’ai droit, parfois, de passer devant la petite école, apparemment inchangée derrière son portail,…

Je me souviens bien aussi des premiers temps rue Desbordes Valmore, petite rue légèrement en pente, bordée d’hôtels particuliers, entre la rue de la Pompe et l’avenue Paul Doumer, dans le 16 ème ; nous habitions au troisième gauche ; en dessous, au deuxième gauche, habitait la famille Bécasse, qui portait merveilleusement bien son nom, et qui après quelques années, a réussi à la faire transformer en Bésac ; nous c’était Lévi en Leleu ; et maintenant Leleu en Lévi, j’y reviendrai ; l’appartement arrivait du coté jardin, au niveau du sommet des marronniers ; quand le printemps pointait son nez, les bourgeons gonflés des marronniers faisaient pétiller le regard de Mamie, heureuse d’être débarrassée de l’hiver, toujours trop long pour elle ; elle mettait son fauteuil le long de la fenêtre et admirait les bourgeons, les premières feuilles, émerveillée qu’après toute ces horreurs la nature continue aussi sensuellement à éclater de force.

Parfois Mamie recevait ses amies, je me souviens de tante Louise, la grand-mère de Papouli, devenu plus tard polytechnicien, et d’autres de ses copines, délicatement poudrées, qui m’apparaissaient au retour du lycée en contre-jour, éclairées par la lumière du jardin, doucement surannées ; en arrivant, cartable en main, je venais dire bonjour, et avais droit de piocher dans une assiette de porcelaine blanche, bordée d’un fil d’or, remplie de toasts recouverts de gruyère fondu, et surtout j’étais inondé d’un tel regard d’amour de Mamie et de ses amies, que enfant plus extraordinaire ne pouvait exister à cet instant ; j’en pleure encore en écrivant.

Papy, le père de Maman, qui vivait encore à l’époque, un grand monsieur distingué, qui m’avait appris à lire l’heure sur son oignon un jour dans la Creuse, était représentant en produits coloniaux, thé, vanille, café principalement, et faisait la tournée des coopératives avec ses mallettes d’échantillon ; plus tard après sa mort Maman reprit ses cartes de représentation, et dans sa deux chevaux, reprenait les mêmes tournées ; elle y avait ajouté certains produits de confiserie ; le jeudi je l'accompagnais et restais sagement dans la deux chevaux pendant qu'elle était chez ses clients ; j'ai ainsi commencé à connaître des trajets parisiens, et plus tard quand c'était moi qui emmenait Maman, nous avions des débats courtois mais vifs sur les meilleurs trajets... j'y repense avec émotion ; quant aux échantillons de confiserie, qui était dans une grande armoire en bois clair, nous avions avec Etienne, la grande délicatesse d'en laisser toujours un ; Maman n'avait pas l'air d'apprécier vraiment cette délicatesse.

En été le matin tôt on allait chercher la glace, morceau d'un pain de glace, qu’un monsieur, mal rasé, descendait de sa charrette, et laissait au pied de l’immeuble ; la charrette, le cheval, la machine à fabriquer les pains de glace, cohabitaient dans un coin du marché de Passy, et le dimanche parfois j’allais voir le cheval, pas le monsieur qui me faisait plutôt peur.

En face dans un petit hôtel particulier habitait Pierre Bertin, comédien au théâtre français, et qui avait aussi joué avec la compagnie Renaud-Barrault, que Maman connaissait, et que nous croisions parfois dans la rue ; dans l’immeuble juste en face, au dernier étage, sous les toits un jeune homme faisait des fêtes assez souvent, et voir toutes ces jeunes filles était plutôt émoustillant ; détails censurés.

Retour sur le journal de Maman

Les enfants sont affectueux et gentils ; l’Ecole de Sèvres convient à Michel (éducation Decroly et Montessory), 15 élèves, professeurs jeunes, beau jardin, nourriture parfaite, chauffage idéal, ambiance gaie et agréable ; Colibri est la chère maîtresse que Michel adore.


Aujourd’hui


L’école nouvelle de Sèvres a marqué toute ma vie d’adulte ; l’amour que j’y ait reçu de mes compagnons, de Goéland, Pingouin (Directrice et Directeur), Colibri,… et tant d’autres a été un cadeau merveilleux, toujours présent, et l’évoquer ici me fait à nouveau monter les larmes aux yeux.
Il fallait pour l’atteindre monter l’escalier, toujours présent et inchangé de la Croix Bosset ; le bus que l’on prenait au pont de Sèvres, et qui passait devant une fabrique de bière à l’époque, je n’ai pas pu boire de bière jusqu'à une quarantaine d’année, tellement l’odeur prégnante déplaisait à mes jeunes narines, vous laissait au pied de cet escalier ; Mamie, ma grand mère chérie, m’avait appris à prendre le métro tout seul un peu avant mes sept ans, pour cela elle m’avait accompagné, sur un trajet, avec correspondance, pour être sur que j’avais bien compris ; je prenais alors le métro depuis la rue Gustave Courbet et pouvais aller seul jusqu’à l’école, en haut de l’escalier, au 14 de la rue Croix Bosset ;

Encore quelques marches et je retrouvais tout le monde ; un grand batiment , ou l’on mangeait, dormait, faisait différentes activités, le jardin, le baraquement à droite du batiment principal, où était notre classe, et une cour , avec un petit mur où l’on pouvait jouer aux osselets, que le grand monsieur brun de la boucherie chevaline avait bien voulu nous mettre de coté…parfois .

L’enseignement était inspiré des méthodes nouvelles, Montessori Decroly, et tout ce que nous apprenions avait un but concret, et nécessitait presque toujours un travail d’équipe ; ce qui était une école nouvelle à l’époque, serait sans doute maintenant qualifié d’école révolutionnaire !!

J’ai encore, couché entre deux dossiers, quelques exemplaires du petit journal « Voile au vent » que nous composions et imprimions ; je me souviens aussi du village où nous avions été mesurer maisons , rues,… pour en faire une maquette au centième, une fois rentrés à l’école ; nous faisions aussi des marionnettes, papier journal trempant dans de l’eau et de la colle, marionnettes modelées, séchées, peintes, habillées après avoir laborieusement, je parle pour moi, cousu des bouts de tissus, et puis nous écrivions une pièce pour nos petits personnages,… et le grand jour arrivait : nous jouions notre pièce devant les copains copines des autres classes,…je me souviens aussi de ma première conférence devant mes camarades de la lecture d’un paysage que j’avais fait à partir de l’examen d’une carte topographique ; cet amour des cartes de géographie ne m’a jamais quitté ; mille souvenirs de cet enseignement, éveil à la nature, au travail en équipe, à notre responsabilité, notre créativité,…j’ai revu Colibri, ma chère maîtresse, il n’y a pas longtemps à l’occasion de la pose d’une plaque en l’honneur de Goéland et Pingouin, rue Croix Bosset,….Leurs visages apparaissent aussi au Mémorial de la Shoah à Paris, car leur Maison était aussi un refuge pour des adultes poursuivis par le STO, et pour tous les enfants juifs orphelins de père, mère ou des deux ; Goéland, de son vrai nom Yvette Hagnauer, a été décoré de la médaille des justes de l’Etat d’Israel.

J’ai renoué récemment avec l’Association des anciens de la Maison de Sèvres, association menée de cœur d’archiviste à la curiosité insatiable par Robert, condisciple de mes huit ans, et retrouvé quelques vieux copains et copines !!

Aujourd'hui

Maman, tu es partie maintenant il y a un peu plus de dix ans, et tu me manques certain jours désespérément ; je te parle tous les jours ou presque, pour te faire partager ce que je ressens, je t'emmène dans les expositions qui t'auraient plu, pour te montrer comme Paris est devenu propre et beau, parfois on prend le bus ensemble, le 52, le 32, le 63 et à nous humer cette ville tant parcourue ; mais surtout, les sanglots en moi, je te crie mon manque, ma peine de ton absence ; et pourtant comme tu étais énervante parfois, à pérorer bon chic bon genre,.. avec cet égoisme tranquille, dont j'ai largement hérité, mais aussi avec cet amour de la vie, cette sensibilité, que tu as du éteindre pour pouvoir vivre ; tu étais une grande découvreuse de petits restaurants sympas, où je vais encore parfois nourrir ma faim et ma nostalgie ; je me souviens de cette salade haricots verts et copeaux de foie gras, du salon de thé passage Dauphine, après avoir soigneusement grappillé tous les copeaux de foie gras, "Michel, tu veux finir, je n'ai plus très faim" en me tendant les haricots verts...il faut dire que les pommes de terre, la crème fraîche, le saumon fumé, et bien sur le chocolat, noir de préférence, constituaient tes mets favoris ; tu te cachais d’ailleurs des tablettes dans des endroits bizarres, endroits que tu oubliais, ce qui te donnait le plaisir de les retrouver quand tu cherchais un jupon ou du sparadrap,…

Maman était une parisienne amoureuse de sa ville, et pour elle, quitter Paris plus de deux trois jours, si ce n’était pas une visite dans une ville d’art, était une véritable épreuve ; pour mes filles elle a été une grand-mère merveilleuse, leur faisant découvrir cette ville magnifique et leur mettant vraiment à leur portée ; elles m’en parlent encore avec plein de tendresse, et ses souvenirs sont riches de ballade, de lieux cachés, d’odeurs,…

Je n'ai pas la même proximité avec Papa, mon dialogue avec lui tourne court, je l'emmène parfois pour visiter ce Paris qu'il n'a pas connu, on s'assoit tous les deux à l'arrière du bus, je lui montre comme à un grand frère cette ville merveilleuse, et pourtant je suis largement plus âgé que lui maintenant...ou comment être plus âgé que son père… et puis c’est quand même assez difficile de faire connaissance de quelqu’un qui n’est pas là,… heureusement l’histoire de la valise, j’y reviendrai, m’a permis de renouer avec une de mes cousines, fille aînée du frère de Papa, ….et j’attends impatiemment photos et souvenirs de ce père jeune célibataire, emprunt de piano et culture littéraire, ami de Georges Duhamel,…


Aujourd'hui

Etienne, toi aussi tu es parti, il y a maintenant presque deux ans ; notre relation n'a pas toujours été simple, faite de jalousie, de crainte, d'admiration, de fierté, de besoin de se distinguer,,...Quand Papa a été arrêté en avril 43 tu avais presque 9 ans ; tu avais donc bien connu Papa, et son arrestation a du être pour toi un choc et une grande souffrance, comme pour Maman, et il est facile de penser que inconsciemment tu as voulu diminuer la souffrance de Maman, et que tu as, à ses cotés, pris la place de Papa, toi l'enfant ; pour moi tu étais le grand frère, dont l'intelligence et la rapidité m'ont toujours étonné ; quand tu es parti j'ai pris conscience du rôle que tu avais joué pour moi, en prenant sur tes épaules ce costume paternel, tu m'as permis l'insouciance et la fantaisie et tu m'as protégé de mille souffrances.

Au cimetière Montparnasse, Pascale, ta fille aînée, a lu un texte qu'elle avait composé :
«  C’était mon père, et il est parti
Que dire de lui, si ce n’est :
Qu’il aimait le chocolat, le bridge, Schubert, le soleil, sa Lili, ses enfants, ses petites filles,

Qu’il s’endormait devant la télévision, qu’il remontait trop son pantalon, qu’il avait des rides autour des yeux et des boules de gomme dans les poches, qu’il marchait beaucoup avec son pull autour de la taille, qu’il aimait « Navarro », et avait une collection de sacs en plastique, qu’il disait un mot pour un autre, qu’il détestait la voiture, et aurait aimé être flic de temps en temps, qu’il ne savait pas cuire un œuf sur le plat, qu’il pleurait au cinéma, qu’il sentait bon.


Qu’il pensait toujours avoir 500 gr. de trop, qu’il regardait la météo et zappait sur les infos, qu’il n’aimait pas les courants d’air, que la barbe lui allait bien, qu’il dévorait les livres, et aimait les films de guerre, qu’il faisait des nœuds avec des queues de cerise (dans sa bouche), qu’il n’aimait pas que les portes soient ouvertes ni que la lumière reste allumée,
Qu’il avait une arrière-arrière-arrière-arrière-grand mère pirate dans les mers de chine,
Qu’il était doux, discret, généreux, impatient,
Que tout le monde l’aimait,

J’aurai aimé le voir vieillir encore un peu,
Mais il est parti, soudainement, sans prévenir,

C’était mon père et il est parti,

Et je ne lui ai jamais dit que je l’aimais. »

Pour les concours de nœud de queues de cerise j’étais le plus souvent battu, mais Etienne s’entraînait beaucoup plus que moi, on a les excuses que l’on peut,… quant à notre aieule pirate dans les mers de Chine, je n’ai jamais vraiment su si c’était sérieux, et ce reste de croyance de l’enfance, est resté un mystère jusque très récemment ; Etienne est parti avec son secret ; en même temps cette fable ( ?) me montrait un grand frère inventif, fantaisiste, souvent caché derrière le sérieux et la rigueur,…

Je me souviens aussi de ce voyage que nous avons fait en 1951 en Autriche, Maman conduisant une des premières Citroén deux chevaux ; au col du Donon dans les Vosges, la pauvre deux chevaux ne pouvait plus monter, Etienne et moi avons terminé à pied, un peu interloqués, et Maman nous attendait au sommet,… ; sur la route entre Salzbourg et Vienne, en zone russe, nous n'avions pas le droit de sortir de l'autoroute ni de nous arrêter sauf pour prendre de l'essence, pleine de poussières, qui bouchaient régulièrement le carburateur ; la dodoche toussait, Maman l'arrêtait, Etienne soulevait le capot, dévissait une petite pièce du carburateur, soufflait, et nous repartions,... jusqu'au prochain toussotement...; a Vienne la deux chevaux était une véritable vedette, et il était facile de retrouver où elle était garée, des attroupements de curieux l'encadraient ; parfois nous nous retrouvions en face de tramway,et Maman un peu étonné de sa conduite riait,… Etienne et moi un peu moins.

Dans ce cercle familial Mamie était celle qui montrait la tendresse et la rigueur, toujours présente pour nous ; Mamie aimait beaucoup la musique classique ; sur la cheminée de marbre de sa chambre, rue Desbordes, trônait un poste de radio, et le dimanche, à 17.45, rituel intouchable, nous, le plus souvent elle et moi, écoutions la retransmission du concert donné au théâtre des Champs Elysées ; je me souviens d’un dimanche de l’hiver 56, où nous étions cloués devant le poste subjugués par une interprétation ébouriffante de Liszt, applaudissements sans fin, délire total dans la salle, perceptible dans l’appartement : c’était le premier concert de Gyorgy Cziffra arrivé depuis peu à Paris, après avoir fui la Hongrie communiste après plusieurs années d’internement dans les camps soviétiques… je nous revois tous les deux en extase d’avoir partagé ce moment musical, historique, et humain ; moment toujours présent en moi.

Retour sur Papa et …. sa valise

Papa à trouvé un emploi d’ouvrier agricole prés d’Avignon, pendant que Maman, Etienne, mon frère aîné de 4 ans, et moi nous nous réfugions en Savoie et changions de nom ; Papa était arrêté par les allemands en avril 43 à la gare d’Avignon, puis via Drancy, déporté à Auschwitz dont il ne devait pas revenir.

Lorsque l’idée du mur des noms au Mémorial de la Shoah s’est matérialisée, mon frère et moi avons fait les démarches pour que Papa y figure.

En février 2005, quelques mois après Le départ d’Etienne, avec ma deuxième fille, Claire, et mon gendre, Mika, nous décidons d’aller visiter le mur des noms ; dans une atmosphère à la fois recueillie et pleine de ferveur nous trouvons le nom de Papa, puis descendons visiter l’exposition permanente du Mémorial ; que d’émotions devant tous ces objets, photos, souvenirs,….Claire vient alors me chercher pour me montrer une vitrine que je n’avais pas remarquée ; dans cette vitrine une valise, prêtée par le Musée d’Etat d’Auschwitz, et ayant appartenue, selon l’étiquette, à Pierre Levi.

Notre émotion à tous fut très vive ; après vérification auprès du Mémorial, un seul Pierre Levi, déporté à Auschwitz ; c’est bien la valise de Papa.

En accord avec la direction du Mémorial, j’ai alors exprimé le souhait que cette valise puisse rester en France et être exposée au Mémorial.

La direction du Mémorial m’a alors fait comprendre qu’elle prenait en charge les négociations avec le Musée d’Auschwitz, et que cela serait très difficile ; effectivement, après une réunion à Varsovie, différents contacts en particulier avec l’ambassadeur de Pologne en France, Mme Simone Veil, Mr Serge Klarsfeld, et d’autres intervenants, nous avons obtenu pour le moment une prolongation du prêt jusqu’en janvier 2006, première réaction,…

Pour que cette valise puisse rester exposée en France, et ne pas faire à nouveau ce voyage vers Auschwitz, la seule possibilité était d’engager une action judiciaire contre le Musée d’Etat d’Auschwitz ; c’est ce que j’ai décidé de faire, seule réponse que je puis apporter à ce signe ; l’affaire est loin d’être close et pour le moment la valise est toujours exposée au Mémorial, dans l’attente d’un jugement sur le fond.

Fort curieusement la valise est maintenant pour notre famille un véritable ciment du cœur entre nous, et certains d’entre nous, chacun à sa manière, ont pris leur plume pour narrer, imaginer, cette belle histoire. 


Cette valise est un lien fort avec toutes les émotions qu’elle a pu cristalliser, emmagasiner, toutes les pensées de Papa que je peux imaginer ou sentir ; et le résultat de la démarche est moins essentiel que ce lien que j’ai pu renouer .

Cet évènement, véritable « clin d’œil », me semble souligner le travail que j’ai entrepris avec l’aide de l’outil des constellations familiales pour me rapprocher de ma lignée paternelle : plusieurs mois après un premier week-end j’ai donné corps à une idée qui me trottait dans la tête de reprendre mon nom de naissance et ainsi de me rapprocher de ma lignée paternelle ; puis peu à peu je me suis permis de voir, écouter et donner place à ma souffrance liée à l’absence de mon père, d’en comprendre et sentir les conséquences que cela a eu pour ma vie d’homme, ainsi que pour mon frère et pour l’ensemble du système familial ; je sais que ce travail de réparation n’est pas achevé, je laisse faire mon inconscient avec confiance, et remonter les bulles qu’il m’envoie,…champagne de l’âme.. ?

Cela m’a aussi permis de prendre conscience que je n’avais d’autre mission dans cette vie que d’échanger de l’amour… c’est sans doute très banal, mais qu’est-ce que c’est bon, et le trajet a été long pour que je m’avoue et que j’accepte cette évidence ; une bonne nouvelle : il en reste, de l’amour.
Bon, je me dépêche, j’ai rendez vous avec mon analyste.


Michel Lévi Leleu

 
L'article "Soixante ans dans une valise: article paru dans 'le Monde' "


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